Les travaux de restauration

Repentigny – un peu d’histoire

Repentigny est une commune française, située dans le département du Calvados et la région Basse-Normandie.

La commune est homonyme avec la ville canadienne de Repentigny, située dans la province du Québec.

Probablement « villa » gallo-romaine d’époque chrétienne comme son nom l’indique. De *Repentiniacum, « la propriété de Repentinius », variation de Repentinus, nom d’homme chrétien. Attestation en 1274 sous la forme Repentigneyum. Le même nom d’homme se retrouve dans Reventin-Vaugris (Isère) : Repentinis Villa IXe siècle (1).

Un des rares noms de lieu d’époque gallo-romaine ayant subsisté dans le Pays d’Auge, au même titre que dans le Roumois contigu, l’essentiel des noms de lieu y étant contemporain de l’implantation anglo-scandinave au Xe siècle ou postérieur.

(1) Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Albert Dauzat et Ch. Rostaing. Librairie Guénégaud.

(Source Wikipedia)

Le rayonnement de la figure martinienne

Le rayonnement de la figure martinienne

par BRUNO JUDIC

professeur d’histoire du Moyen Age à l’université de Tours

président du Centre Européen Culturel Saint Martin de Tours

Extrait du catalogue de l’exposition

« Martin de Tours le rayonnement de la cité »

Notre résumé – Pour les lecteurs pressés

  • Martin fut le premier saint non martyr de l’histoire de la chrétienté. Il propose donc pour l’édification des fidèles un nouveau « modèle » de sainteté: l’ascèse, la prière, le monachisme.
  • Martin n’a laissé aucun écrit; il est connu par le texte de Sulpice Sévère qui fut autant son hagiographe que son biographe et qui a joué un rôle immense dans la « construction » du personnage de Martin.
  • Il fut le précurseur du monachisme en Europe, un grand évangélisateur de la Gaule,  l’évêque de Tours, un thaumaturge et un défenseur de l’orthodoxie à une époque où le christianisme faisait face à des « hérésies », notamment l’arianisme qui contestait la nature divine de Jésus.
  • L’essor de son culte doit beaucoup au succès du texte de Sulpice Sévère, à la volonté de ses successeurs de promouvoir le pèlerinage sur sa tombe à Tours et à Clovis qui en fait le protecteur de la monarchie franque.
  • Mérovingiens, carolingiens puis capétiens, les rois de France perpétuent cette tradition et lui vouent leur royauté. Le terme « Capétiens » pourrait être lié à la cape, le manteau que Martin jeune soldat de l’armée romaine partagea un soir d’hiver avec un pauvre à Amiens.
  • La figure martinienne devient au Moyen Âge central un attribut de la royauté française ; c’est le saint Martin « français » qui rayonne avec le royaume et le prestige de tel ou tel de ses rois de Louis IX à Louis XIV.
  • Martin est un européen, né en Pannonie (Hongrie), très connu en Italie (il a vécu à Pavis dans sa jeunesse). Les conquêtes franques puis carolingiennes expliquent aussi le succès de saint Martin à l’est du Rhin.
  • Il existe des liens étroits entre le chemin de Compostelle et le culte martinien. Les chanoines de Tours favorisèrent le pèlerinage vers l’Espagne qui passait par Tours ; le chemin de Tours vers l’Espagne n’est autre que le chemin, inversé, de l’Espagne vers le tombeau de saint Martin.
  • Au delà de l’Europe continentale, Saint Martin est présent en Angleterre, Irlande; Buenos Aires l’a choisi comme saint patron.
  • Paris  compte de nombreuses rues, faubourgs, portes, canal, églises dédiés à Saint Martin. L’abbaye de Saint Martin des Champs fut florissante et l’égale de Saint Germain des prés.
  • Saint Martin est le saint patron de nombreuses églises rurales. Les statistiques sont délicates à établir car il faut tenir compte des nombreuses disparitions d’églises au cours des siècles et des changements de vocables. Des régions, telles que la Normandie, ont connu une diffusion du culte plus importante que la Touraine. Au Moyen Âge, dans les diocèses de Cambrai et d’Arras, le patronage de saint Martin était aussi important en nombre que les patronages de saint Pierre et de Notre Dame ; et ces trois patronages, à eux seuls, représentaient les trois quarts de tous les vocables.
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« Notre » Saint Martin –  Eglise de Repentigny

 

Texte de Bruno JUDIC

« Parler de la « figure martinienne » laisse entendre une représentation, une image, un portrait. On serait pourtant bien en peine de montrer un portrait datable de l’époque du saint ; du moins en apparence. On n’insistera jamais assez sur le caractère fondateur de la sainteté martinienne et par conséquent sur son caractère original et unique. Martin fut le premier saint non martyr. En outre, il n’a laissé aucun écrit et c’est par le texte d’un autre qu’il est bien connu. Sulpice Sévère, le biographe ou plutôt l’hagiographe, joue un rôle immense dans la « construction » du personnage de Martin. Sans Sulpice Sévère nous ne saurions à peu près rien. L’Église du IVe siècle émerge brutalement en pleine lumière après des siècles de vie cachée, parfois clandestine et parfois tragique lors des persécutions. Cette Église émerge avec la faveur de Constantin et de ses successeurs et entreprend de s’affirmer dans sa doctrine, dans son organisation, dans sa liturgie, dans la piété des fidèles. Elle s’appuie sur le prestige des martyrs, témoins de la foi, modèles de la sainteté. À l’ombre de cette piété martyriale, Sulpice Sévère veut affirmer la sainteté d’un homme qui n’a pas été mis à mort pour sa foi. Audace, nouveauté, volonté de prolonger l’idéal du martyr dans l’idéal de l’ascète, dans la consécration totale à la prière, hors du monde et de ses ambitions. C’est l’idéal de Sulpice Sévère lui-même et de plusieurs personnalités de premier plan à la fin du IVe siècle, par exemple saint Jérôme. Sulpice Sévère, issu d’une riche famille aristocratique de Bordeaux, est un avocat brillant. Son ami Paulin, futur évêque de Nole, l’entraîne à abandonner cette vie au profit de l’ascétisme chrétien, expé-rimenté dans sa villa de Primuliacum, quelque part du côté de Carcassonne ; c’est aussi Paulin qui lui apprend l’existence d’un évêque « hors norme » à Tours. Sulpice fait donc le voyage de Carcassonne jusqu’à Tours, probablement vers 394-395, plusieurs fois. Il voit alors dans ce moine-évêque le modèle de cette nouvelle sainteté qui pourrait prendre le relais du martyre et se met à rédiger une Vie de saint Martin avant même la mort de son héros. Par la suite, Sulpice complète ce premier texte avec des lettres concernant la mort de Martin, puis, un peu plus tard, avec un nouveau livre, Les Dialogues ou le Gallus, rapportant des miracles de Martin. Cet ensemble de textes, les écrits martiniens de Sulpice Sévère, forme le point de départ du culte de saint Martin et nous livre les premières images du personnage. Certes, il s’agit d’image avant l’image, il s’agit de récits et de descriptions littéraires. Mais le dernier commentateur de ces textes, Jacques Fontaine, a bien montré comment ces descriptions sont profondément « imagées ». Il a en effet souligné la présence de trois niveaux de « stylisation » Martin lui-même a modelé sa vie sur des idéaux évangéliques et sur l’imitation du Christ ; il est donc normal d’y retrouver, dans chaque geste, un écho de telle ou telle scène de l’Écriture. Le deuxième niveau concerne les informations données par les compagnons de Martin : ils ont été attirés par l’ascète, par te thaumaturge, par le maître spirituel ; ils ont conformé leur propre vie à son exemple et ont vu, dans ses actes, autant de miracles. Enfin, le troisième niveau est celui de l’écriture même de Sulpice Sévère, marqué par la culture biblique mais aussi par ta première littérature chrétienne, précisément celle des récits de martyre, celle des premiers pères du désert égyptien et enfin cette des polémiques doctrinales. De tout cela ressort un portrait extrêmement construit d’un homme à ta fois précoce et vénérable, un homme un peu au-delà de l’humanité : « nous brûlions de t’envie de le connaître… nous l’avons en partie interrogé lui-même,dans la mesure où il était possible de Iui poser des questions… » et un peu plus loin « Jamais personne ne l’a vu en colère, ni ému, ni affligé, ni en train de rire. Toujours égal à lui-même, le visage rayonnant d’une joie pour ainsi dire céleste, il avait l’air étranger à la nature humaine » (Vita Martini, 25, 1 et 27, 1). Sulpice veut témoigner de cette sorte de crainte paralysante qu’on éprouve devant le sacré.

Martin a le visage rayonnant mais quel visage ? Aucun détail n’est donné ; il faut se résigner à une image déjà transformée, à une intensité de rayonnement, à un assemblage nécessairement « surhumain » des différents rôles occupés par Martin. La volonté précoce de mener la vie religieuse, même si elle fut contrariée, fait de lui le précurseur du monachisme latin et le passeur vers l’Occident de ce type de vie chrétienne qui s’épanouissait en Égypte dès le premier tiers du IVe siècle. Martin est un moine, Sulpice l’a vu ainsi et la tradition monastique l’a constamment conservé comme son modèle et son pionnier. Or ce moine, a priori peu lettré – Sulpice ne cache pas la faible instruction de son héros -, était aussi un ardent défenseur de l’orthodoxie. On mesure mal aujourd’hui l’importance de cette dimension du personnage. En effet l’écriture de Sulpice semble tournée vers les miracles qui, eux-mêmes, manifesteraient la puissance de Dieu à travers son serviteur Martin. Pourtant, de nombreux épisodes de la vie et des miracles sont directement liés aux grandes querelles théologiques du IV’ siècle. Sulpice est lui-même complètement immergé dans ces polémiques. Martin, de ce point de vue, est le disciple et le porte-parole d’Hilaire de Poitiers, le grand théologien de la Trinité face à l’arianisme. Ces deux dimensions, le moine et le défenseur de l’orthodoxie, se combinent en quelque sorte dans une troisième dimension : la thaumaturgie. Le miracle est omniprésent, même s’il n’est pas toujours spectaculaire. Certes le défi du pin montre un Martin grand magicien, mais d’autres miracles manifestent avant tout la pratique de la miséricorde. D’ailleurs la mise en scène du miracle, chez Sulpice, est étroitement liée à la stylisation scripturaire.

Les Tourangeaux à la recherche d’un nouvel évêque connaissent les « vertus » de Martin et parviennent à en faire leur évêque. Or Martin n’appartient pas à l’aristocratie sénatoriale qui commence à investir la fonction épiscopale. Ces évêques grands seigneurs ont certainement beaucoup construit. Ils ont su assurer une certaine continuité entre l’empire de l’âge classique et l’empire devenu chrétien et cette continuité se révélera encore plus décisive avec la mise en place des royaumes romano-barbares au Ve siècle. Ces évêques ont fait de l’Église le prolongement de l’empire dans l’Occident dit barbare, en assurant la transmission de la culture latine. Martin en revanche poursuit sa vocation monastique à Marmoutier, de l’autre côté de la Loire, tout en assumant la direction de l’Église tourangelle. Mais Sulpice nous le montre aussi bien loin de Tours. Il rencontre plusieurs fois l’empereur à Trèves ; il est actif à Paris, à Chartres ou à Vienne sur le Rhône ; il prêche aux paysans, bien au-delà de son diocèse, devenant ainsi l’évangélisateur des campagnes par excellence.

Du texte au tombeau

Les cinq dimensions  du personnage pourraient suffire à expliquer un succès apparemment immédiat. C’est pourtant moins simple. Le succès fut peut-être d’abord celui des écrits sévériens, diffusés surtout là où il y avait des lecteurs, en particulier à Rome et dans l’Italie du début du Ve siècle. Certes, le tombeau attirait aussi des admirateurs, sans doute les frères de Marmoutier, sans doute d’autres  émules du monachisme sur la valée de la Loire, sans doute tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, eurent connaissance de ses « vertus ». Sulpice Sévère lui-même évoque le succès de son livre à Rome, vantardise d’écrivain ? Mais, de fait, des indices très forts et indépendants vont dans ce sens : Paulin de Milan, dans son prologue de la Vita Ambrosii, rédigé vers 420, place son oeuvre sous une triple autorité, celle de la Vie d’Antoine par Athanase, celle de la Vie de Paul l’Ermite par saint Jérôme et celle de la Vie de Martin par Sulpice Sévère. Le parallélisme est frappant et c’est Sulpice qui est au rang de Jérôme et Athanase. Mais ce parallélisme n’est possible que si le livre de Sulpice est déjà très connu. Vers 431, le prêtre Uranius fait le récit de la mort de Paulin, l’ami de Sulpice Sévère, devenu évêque de Nole en Campanie. Sur son lit de mort, Paulin de Nole a la vision de deux saints : Martin et Janvier, première mention de Janvier appelé à quelle célébrité à Naples et témoignage du succès de Martin en Italie méridionale. Vers la même époque, Sozomène rédige, en grec, à Constantinople une Histoire ecclésiastique dans laquelle un chapitre est consacré à saint Martin. Cette diffusion «orientale» ne peut s’expliquer sans un vrai succès romain.

L’essor du culte sur le tombeau est dû à Perpet, évêque de Tours entre 460 et 480 environ. C’est lui qui fait construire une grande basilique sur le tombeau, magnifique bâtiment dont l’architecture nous est décrite, un siècle plus tard, par Grégoire de Tours. Selon toute vraisemblance, cette basilique était ornée de mosaïques non seulement décoratives mais aussi figuratives. Perpet institua aussi les fêtes du culte martinien et enracina le culte martinien dans la terre gauloise tout en profitant de son aura romaine.

Environ vingt ans plus tard, Clovis, maître du pouvoir dans le nord de la Gaule, étend son royaume jusqu’à la Loire et s’apprête à guerroyer contre les Wisigoths du royaume de Toulouse. Clovis, roi franc, n’est pas un « barbare » étranger au monde romain. Il a le soutien d’une grande partie de la vieille aristocratie sénatoriale gallo-romaine. Sa conversion au christianisme catholique lui permet de rejoindre la religion de ses sujets gallo-romains. La dévotion à saint Martin souligne son attachement à une légitimité romaine. Mais Clovis fait de Martin le protecteur de la monarchie franque et contribue à donner une nouvelle dimension, totalement imprévisible un siècle plus tôt un saint gallo-franc, protecteur du souverain. Grégoire de Tours, qui écrit vers 580, montre abondamment l’implication de la dynastie mérovingienne dans la dévotion au sanctuaire tourangeau, à commencer par Clotilde qui vit le restant de ses jours, presque trente années, après la mort de son mari, auprès du tombeau tourangeau. D’autres reines du Vie siècle sont également bien connues pour leur dévotion à Martin, de Radegonde, devenue moniale à Poitiers, à Brunehaut qui pouvait voir en Martin le pourfendeur de l’arianisme qu’elle avait elle-même renié en quittant l’Espagne wisigothique.

La dimension « franque » de saint Martin est encore augmentée au VIle siècle par le thème de la «chape», un objet qui n’apparaît jamais chez Grégoire de Tours mais qui évoque le manteau partagé. Sans doute s’agissait-il d’un tissu placé sur le tombeau et imprégné des « vertus » émanant du lieu. Les rois francs partent en guerre en portant cette « chape » comme bannière et la conservent comme la plus précieuse relique de leur trésor qui prend ainsi le nom de « Chapelle » servie par des «chapelains». À la fin du VIII siècle, Charlemagne, à la tête de la nouvelle dynastie carolingienne, récupère la «chape» pour laquelle il fait construire la « Chapelle », l’église de son palais d’Aix. À la fin du IXe siècle, le roi de Francie occidentale prend pour lui-même le titre d’« abbé de Saint-Martin ». Des Carolingiens, le titre est passé aux Capétiens au Xe siècle. Du reste il est bien possible que le surnom de « Capet » soit directement lié à la garde de cette relique, de cette « chape » de saint Martin, même si nous n’avons plus vraiment les moyens de vérifier l’origine exacte de ce sobriquet, qui peut aussi rappeler un roi « chapé » c’est-à-dire pourvu du titre abbatial non seulement de Saint-Martin mais encore de nombreuses abbayes dans le royaume. Ainsi la figure martinienne devient-elle au Moyen Âge central un attribut de la royauté française ; c’est le saint Martin « français » qui rayonne avec le royaume et le prestige de tel ou tel de ses rois de Louis IX à Louis XIV, mais c’est aussi ce saint Martin « royal » qui symbolise, bien malgré lui, la tyrannie d’Ancien Régime pour les révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle. Le symbole est tellement fort qu’il entraîne la destruction quasi totale des grands édifices martiniens de Tours.

La plus ancienne représentation connue de la figure de saint Martin est une mosaïque de Ravenne datable de 570 environ. Il faut la rattacher au développement considérable de la réputation du saint dans l’Italie des Ve et VIe siècles. Elle est fondamentalement liée à l’image du défenseur de la foi orthodoxe. L’église qui porte depuis le IXe siècle, le nom de Saint-Apollinaire le Neuf était connue sous le nom de Saint-Martin au Ciel d’Or. Elle avait été construite à l’origine comme sanctuaire du palais royal de Theodoric, le grand souverain des Ostrogoths, qui fut aussi un grand défenseur de la romanité civile et po-litique. Or Theodoric était arien ; son église était arienne. Les guerres gothiques, entre 535 et 555, qui virent le retour de l’Italie sous l’autorité directe du gouvernement impérial de Constantinople, furent marquées dès 540 par la conquête de Ravenne sur les Ostrogoths. Dès lors, l’arianisme, vestige de l’armée ostrogothe, devait être éradiqué. L’église du palais royal fut donc reconvertie en église catholique sous le patronage du combattant de l’orthodoxie. Ainsi Martin est figuré en tête du cortège des martyrs romains au plus près du Christ sur le mur droit de la nef et du choeur ; en face sur le mur gauche, le cortège des vierges est conduit par sainte Euphémie, elle-même au plus près de Marie portant l’Enfant-Dieu. Or Euphémie était la patronne de la basilique de Chalcédoine dans laquelle, en 451, les Pères conciliaires avaient affirmé les deux natures humaine et divine du Christ. Martin contre l’arianisme, Euphémie contre le monophysisme, le programme orthodoxe de cette église est bien clair. Ce Martin « orthodoxe » est présent à Rome dès 500 dans la basilique, aujourd’hui Saint-Martin aux Monts, que le pape Symmaque fait construire sur l’Esquilin. Il est présent aussi à Lucques dans la dédicace de la cathédrale et sans doute déjà dans bien d’autres églises italiennes dont la fondation peut remonter à cette époque. Or l’Italie connaît aussi fort bien Martin, pionnier du monachisme : quand saint Benoît fonde le Mont Cassin, vers 535, il détruit un temple d’Apollon pour le remplacer par une église Saint-Martin. Cassiodore consacre aussi à Martin l’église de Vivarium. On le trouve aussi à Naples et à Palerme. Le plus ancien manuscrit des œuvres de Sulpice Sévère, bien daté de 517, a été produit à Vérone et s’y trouve encore aujourd’hui. À partir de ces lieux, Ravenne, Vérone, les dédicaces martiniennes ont probablement essaimé très tôt en particulier dans le nord-est de l’Italie et dans les Alpes, le long de l’Adige et du Tagliamento. En tout cas, à l’époque lombarde, des églises Saint-Martin sont attestées sur le lac de Garde (Sirmione), mais aussi à Pavie.

Il est remarquable que le succès de ce Martin défenseur de la foi et moine ait été renouvelé à la fin du VIIIe siècle par la conquête carolingienne. Désormais, saint Martin est aussi associé à la monarchie franque et plus généralement dans les siècles suivants à l’empire restauré en Occident. Charlemagne donne à la basilique Saint-Martin de Tours des domaines en Italie qui, en toute logique, sont situés là où se trouvaient déjà des églises Saint-Martin.

La basilique tourangelle fut la source de nombreuses images martiniennes. Elle devait en effet posséder un véritable cycle d’images. Au temps de Perpet, le décor devait en partie correspondre aux versus basilicae que nous a trans-mis le Martinellus. Ils permettent de supposer la présence de scènes évangéliques, la veuve indigente, Jésus marchant sur les eaux, le Cénacle, la colonne de la Flagellation ou encore le trône de l’apôtre Jacques ; à ce programme devaient faire pendant des scènes de miracles martiniens sans qu’on puisse être plus précis. Vers la fin du VIe siècle, Grégoire de Tours fit reconstruire la cathédrale et introduisit des scènes martiniennes que Fortunat a évoquées dans un poème : on pouvait voir un triptyque avec la guérison du lépreux, le partage de la chlamyde et la messe du globe de feu ; on y trouvait aussi les résurrections opérées par le saint, le pin coupé, les serpents, le faux martyr, la guérison de la fille d’Arborius et les idoles renversées.

La conquête franque explique aussi le succès de saint Martin à l’est du Rhin. La cathédrale de Mayence, sur le Rhin, ancienne cité romaine, est consacrée à saint Martin au VI’ siècle. Or cette cathédrale étend progressivement sa juridiction sur tous les territoires à l’est du Rhin. Ainsi au Moyen Âge central la plus grande partie de la Germanie se trouve sous l’autorité ecclésiastique de Mayence. Les nombreuses églises Saint-Martin dans l’Allemagne d’aujourd’hui trouvent leur origine dans cette situation. Et dans certains cas, comme à Erfurt, on peut remonter jusqu’au haut Moyen Âge la dédicace martinienne en relation avec la juridiction de Mayence.

Au VIlle siècle, Boniface, missionnaire anglo-saxon, fonda l’abbaye de Fulda, en Hesse. À la fin de ce même siècle, cette abbaye entretenait des liens étroits avec Tours. Le jeune Raban, moine de Fulda, vint étudier à Tours sous la direction d’Alcuin. Les images de la basilique tourangelle furent connues à Fulda et ont certainement inspiré le décor du sacramentaire de Fulda. Certains manuscrits de ce sacramentaire, réalisés à la fin du Xe siècle, portent la première représentation connue aujourd’hui de la Charité d’Amiens sans doute à partir du décor même de la basilique tourangelle. Cette image est exceptionnelle : sur la partie gauche, devant la porte de la ville, Martin, à pied, sans cheval, partage son manteau avec le mendiant en vis-à-vis, mais sur la partie droite, Martin est figuré endormi sur un lit, et au-dessus, au centre de l’image, le Christ, que Martin contemple dans sa vision nocturne, porte la moitié de manteau don-née au mendiant. L’image est ici étroitement liée au texte même de Sulpice Sévère et manifeste la signification profondément christique de la célèbre scène. C’est encore cette inspiration que l’on retrouve sur un chapiteau de Saint-Benoît sur Loire autour de l’an mil.

Apostolicité, universalité, de l’Europe au monde

Dès le Vle siècle, le culte de saint Martin est présent dans les îles britanniques, en Écosse à Whithorn et sur l’île de lona (St Martin’s Cross), et à Canterbury dont la petite église Saint-Martin peut être considérée comme la plus vieille église toujours en activité sur le territoire de l’Angleterre. En Irlande la légende associe saint Patrick à saint Martin et, très concrètement, le codex d’Armagh, un manuscrit du début du IXe siècle contenant la vie de saint Patrick en vieil irlandais, contient aussi les quatre évangiles et la Vie de saint Martin en latin. De fait les moines irlandais allant à Rome passaient par la vallée de la Loire, et comme le montre le cas de saint Colomban de Luxeuil, ils s’arrêtaient à Tours pour prier sur le tombeau. D’ailleurs, le village de Saint-Patrice en aval de Tours sur la rive droite de la Loire, attesté dès le XI’ siècle (ecclesia sancti Patricii), rappelle sans doute ces longs voyages.

La péninsule ibérique était en relation avec le royaume franc au VI’ siècle. Grégoire de Tours raconte la conversion du roi suève de Galice, Cararic, qui fit venir des reliques de Tours jusque dans son royaume vers 550. C’était sans doute en relation avec l’action de Martin de Dume ou de Braga, un pannonien, portant ce nom en hommage à son compatriote antérieur de deux siècles, et qui pratiquait une grande dévotion envers son homonyme. Dès cette époque, des églises furent consacrées en l’honneur de saint Martin de Tours en Galice et plus généralement au sud des Pyrénées, dont témoigne aujourd’hui la cathédrale San Martin d’Orense par exemple mais aussi les nombreuses dédicaces à saint Martin autour de Braga dans le nord du Portugal. La Galice est aussi la province où, à partir du IX’ siècle, se développa la légende du tombeau de saint Jacques, suscitant aux XI’ et XII’ siècles le pèle-rinage bien connu. Certes, les « Francos » furent nombreux sur le chemin médiéval de Santiago et contribuèrent à la fondation d’églises Saint-Martin, mais il est vraisemblable que ce patronage est généralement bien plus ancien même si l’on manque de données précises. Il est bien visible à Compostelle dans le grand monastère San Martin, fondé au Xe siècle, reconstruit au XVIIe siècle avec des façades typiques du baroque espagnol. Et sur le camino, l’église San Martin de Fromista est un modèle de l’architecture romane. Plus fondamentalement, il existe des liens étroits entre le chemin de Compostelle et le culte martinien. Les chanoines de Tours favorisèrent le pèlerinage vers l’Espagne qui passait par Tours ; d’ailleurs le chemin de Tours vers l’Espagne n’est autre que le chemin, inversé, de l’Espagne vers le tombeau de saint Martin. Par ailleurs la légende de l’été de la Saint-Martin évoque un « chemin blanc » allant d’ouest en est ou inversement et cette « voie lac-tée » est aussi un aspect du camino.

Martin, pionnier du monachisme, n’a jamais cessé d’être vénéré par les moines d’Occident. De nombreuses fondations monastiques se sont placées sous son patronage au cours des siècles. Dans le haut Moyen Âge, on le trouve associé à la fondation de Saint-Bertin à Saint-Omer en Flandre. A Paris une église Saint-Martin des Champs existait dès le VII siècle, rappelant le miracle du baiser au lépreux, mais elle disparut avec les invasions normandes. Elle est restaurée par le roi Henri Ier en 1059, puis le roi Philippe Ier la donna à l’abbaye de Cluny en 1079. Ce « prieuré » fut l’une des cinq « filles » de Cluny largement doté de biens et de revenus par te mi et les grands, possessionné dans tout le bassin parisien. Saint-Martin des Champs avait cents moines au XIIe siècle et cette institution demeura jusqu’à la Révolution française l’une des très grandes abbayes parisiennes au même niveau que Saint-Germain des Prés ou Saint-Victor. La « rue Saint-Martin », ancien carde de la cité romaine, est connue sous ce nom dès le XI’ siècle et elle a donné naissance à d’autres toponymes formant le quartier Saint-Martin (Porte Saint-Martin, rue du Faubourg Saint-Martin, boulevard Saint-Martin, canal Saint-Martin…). À Londres, St Martin in the Fields remonte au XII siècle, peut-être sur un sanctuaire plus ancien, et est devenu, jusqu’à nos jours, un des hauts lieux de la capitale britannique. Saint-Martin de Pontoise, Saint-Martin de Laon, Saint-Martin de Tournai furent aussi des fonda-tions monastiques du XI’ siècle. Le monastère San Martino Maggiore de Bologne fut construit au XIII’ siècle. Saint-Martin le Grand à Cologne, fondée (ou refondée) au Xe siècle, abrita au XVe siècle de savants moines irlandais. Weingarten, immense abbatiale baroque, abrite les tombeaux des Welfs, l’une des grandes dynasties du Saint Empire. Beuron, fondée en 1863 à l’emplacement d’un ancien couvent de chanoines de Saint-Augustin, est devenue la tête d’une importante congrégation de moines bénédictins, elle est le siège d’une intense activité intellectuelle dans les domaines liturgique et biblique. Edith Stein y fit un séjour décisif pour sa propre vocation…

Saint Martin revêt un caractère apostolique aussi par le grand nombre de dédicaces d’églises rurales. Les statistiques sont délicates à établir car il faut tenir compte des nombreuses disparitions d’églises au cours des siècles et des changements de vocables. Des régions, telles que la Normandie, ont connu une diffusion du culte plus importante que la Touraine. Au Moyen Âge, dans les diocèses de Cambrai et d’Arras, le patronage de saint Martin était aussi important en nombre que les patronages de saint Pierre et de Notre Dame ; et ces trois patronages, à eux seuls, représentaient les trois quarts de tous les vocables. On relèvera le succès du patronage martinien en Limousin. Il est la conséquence de l’action de saint Aredius ou Yrieix, un ermite du VIe siècle, qui fit don de ses biens à saint Martin et à saint Hilaire. On retrouve ainsi notre saint à Limoges, à Tulle, à Laguenne, à Montpezat de Quercy. Le saint Martin de Brive est certes un autre personnage mais il est isolé et son nom en fait un disciple du tourangeau, à la même époque que saint Yrieix.

L’expansion européenne à l’époque moderne a porté saint Martin dans le nouveau monde. Saint-Martinville en Louisiane est au coeur du pays cajun ; l’église fut fondée avec l’arrivée des Acadiens lors du « grand dérangement » vers 1765. L’église San Martin de Codpa dans le diocèse d’Arica (nord du Chili) date de 1668, une des plus anciennes du Chili. On y raconte qu’un soldat espagnol croisa la route d’un mendiant avec lequel il partagea son manteau ; un peu plus tard tous les soldats sont inspectés, Martin se dit qu’il sera puni à cause de son équipement défectueux mais, miraculeusement, au moment de la revue, le manteau est entier. Depuis sa fondation au XVI siècle, la ville de Buenos Aires en Argentine a pour patron saint Martin. La grande basilique Saint-Martin de Taal, aux Philippines, fut fondée dès le XVIe siècle et reconstruite à plusieurs reprises.

Le rayonnement de saint Martin est un phénomène complexe. À l’origine, il faut voir sans doute le succès d’un texte qui rejaillit de Rome jusqu’à Tours au V’ siècle. Mais un fait comparable se produit au Xe siècle. Odon, abbé de Cluny et fervent dévot de saint Martin, se lamente sur les malheurs de la basilique tourangelle et la faible ferveur de ses chanoines. Or il rappelle que Martin est aussi bien ailleurs, à Limoges ou à Tulle, d’où il rayonnera mieux que depuis Tours. Au XIXe siècle, non seulement la basilique avait été détruite mais le tombeau lui-même était oublié. C’est un avocat martiniquais, Léon Papin-Dupont, qui redécouvrit le tombeau et relança la dévotion martinienne au bord de la Loire. »

 

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L’ordination épiscopale de Saint Martin – Verso du retable de Repentigny

La Cène: qui est qui ?

Le document joint vous permettra de savoir « Qui est qui ». Les étiquettes en vert sont « à peu près » sures; celles en orange sont des hypothèses …

Par ailleurs, ne reculant devant aucune audace, nous avons comparé « notre Cène » à celle de Léonard de Vinci … Il y a des similitudes !

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L’ultime Cène de Léonard de Vinci

Voir le document ci joint: la-cene-qui-est-qui

La protection du patrimoine : quelques convictions

Nous vous conseillons la lecture de cet excellent article de Benoit de Sagazan, journaliste spécialisé dans la protection du patrimoine.
Il y exprime ses convictions, fruits de plus de 20 ans d’expérience dans le domaine. C’est une magnifique source d’inspiration pour les amis du patrimoine de Repentigny aussi !!
Vous pouvez le retrouver sur son blog patrimoine-en-blog.
« Sauvegarder et valoriser le patrimoine est vertueux. 
Pour cinq bonnes raisons au moins:
 Ils m’ont appris que l’impossible n’appartenait pas à leur vocabulaire, qu’on pouvait relever des hommes et des femmes, en situation de précarité absolue, en relevant des murs historiques, que les vieilles pierres nous apprennent autant sur notre Histoire que sur notre société présente, qu’un monument restauré ce sont d’abord des volontés et des énergies conjuguées, des relations humaines et des solidarités nouées. Ce sont eux qui m’ont enseigné que la restauration et la valorisation de notre patrimoine étaient vertueuses, et cela pour au moins cinq bonnes raisons que j’aime à répéter ici :
  1. Sociale. La restauration et la valorisation de notre patrimoine crée du lien social, localement, autour d’un monument à entretenir ou à sauver. Il rassemble le savant et le débroussailleur, l’étudiant et le maçon, quelques soient leurs histoires personnelles et leur âge.
  2. Environnementale. La restauration et la valorisation de notre patrimoine participe au développement durable, tout d’abord par l’inscription du monument dans un paysage et un environnement esthétique, ensuite par le respect du principe Entretien/recyclage (éventuel) du monument contre celui de Démolition/reconstruction propre à une société de consommation « court-termiste ».
  3. Economique. La restauration et la valorisation de notre patrimoine soutient l’activité économique des entreprises du bâtiment, préserve et nourrit le savoir-faire d’artisans hautement qualifiés, suscite des innovations technologiques (numériques et autres), valorise l’attractivité des territoires et développe l’économie touristique.
  4. Politique. La restauration et la valorisation de notre patrimoine soutient la cohésion sociale et l’intégration sur les territoires du pays, par l’appropriation d’une Histoire, glorieuse ou malheureuse. De nombreux programmes politiques le prouvent, notamment dans les villes et sites où elles sont menées.
  5. Culturelle et spirituelle. La restauration et la valorisation de notre patrimoine permet la transmission d’une culture et de spiritualités entre les générations quelques soient les appartenances philosophiques et religieuses.
Ces cinq vertus ont guidé mon projet de blog, lancé le 15 octobre 2006. J’ai tenté au cours ces dix années suivantes de les illustrer à travers la revue de presse, les rencontres relatées, les réflexions menées, les interventions publiques qui m’ont été demandées. Je reçois régulièrement des encouragements et des messages de lecteurs heureux de trouver sur ce blog une somme d’informations, rarement disponible ailleurs, et gratuitement. Ces encouragements répétés, je dois le dire, m’ont aidé à tenir ce travail dans la durée et je remercie particulièrement les fidèles internautes, certains depuis la première heure, qui continuent à me témoigner de leur intérêt, à réagir, à me confier des informations. Sans eux l’aventure n’aurait pas été possible.

« Des lecteurs qualifiés qui m’encouragent »

Le réseau touché par Patrimoine-en-blog au bout de dix années peut paraître modeste, les abonnés (Newsletter et réseaux sociaux) peuvent être estimés à quelques milliers, mais les adresses électroniques et les messages prouvent qu’ils sont qualifiés : administrateurs et animateurs de monuments ou de sites, élus politiques, fonctionnaires des ministères (Culture, Intérieur, Tourisme, Défense, Ecologie et Equipement…) ou territoriaux (régions, départements, métropoles, villes moyennes et communes rurales), responsables et bénévoles de grandes associations du patrimoine et d’association locales de sauvegarde du patrimoine, membres du clergé, journalistes, professionnels d’entreprises et artisans spécialisés dans la restauration de monuments historiques, conservateurs, médiateurs culturels, architectes et agents immobiliers… Je ne peux énumérer toutes les catégories socio-professionnelles qui figurent parmi les plus de 1500 abonnés à la newsletter de Patrimoine-en-blog.

« Dix maximes, fruit de dix années passées à observer, à rencontrer, à découvrir »

De ces dix années passées à observer, à rencontrer, à découvrir et à réfléchir,  je tire quelques enseignements. Je les résumerai ainsi, sous forme de maximes :
  1. Restaurer un bâtiment historique fédère, le démolir divise profondément, parfois durablement, une population. Cette observation, nourrie de nombreux exemples, n’est pas anodine pour ceux qui déplorent la fragilisation de la cohésion sociale de notre société.
  2. La volonté précède les moyens. Les nombreuses expériences rencontrées prouvent que le premier moteur du sauvetage d’un édifice patrimonial est la volonté. En de nombreux lieux, la volonté a défié heureusement ce qui semblait au premier abord impossible. Quand la volonté existe, les moyens suivent. Et non l’inverse. Les échecs constatés ont d’abord résulté d’une démission face à ce qui apparaissait comme une fatalité. Les exemples de sauvetages, a priori impossibles, par des communes, des associations ou des personnes, sans le moindre sou d’avance, sont trop nombreux pour ne pas croire à cette loi.
  3. Le patrimoine coûte cher … quand il n’est pas régulièrement entretenu. Une simple fuite non réparée à temps entraîne inévitablement des dégâts considérables. Le patrimoine coûte effectivement très cher quand on constate trop tard l’immensité des dommages accumulés au fil des années. De fait, ce ne sont pas les plus riches qui entretiennent le mieux leur patrimoine, et ce ne sont pas les plus pauvres qui l’entretiennent le moins bien. Les meilleurs propriétaires, et qui dépensent le moins, sont ceux qui surveillent et prennent soin de leur bien au quotidien. Cela vaut pour tout type de propriétaire public ou privé.
  4. Le patrimoine n’est pas un obstacle à l’avenir, tant il stimule des innovations technologiques destinées à sa restauration et à sa valorisation. Les créateurs de nouvelles technologies font du patrimoine un de leurs terrains de jeux favoris : réalités et reconstitutions virtuelles, robots, drones, applis et flash codes envahissent pour le meilleur notre patrimoine.
  5. Ne pas entretenir le patrimoine est injurier l’avenir. Force est de constater que les monuments disparus ou en ruine sont encore pleurés des siècles après leur destruction. Les projets de reconstructions (les Tuileries, le château de Saint-Cloud) et les énergies déployées pour redonner vie virtuellement à ce qui n’est plus (Jumièges, Cluny), le prouvent aisément.
  6. Transformer vaut mieux que démolir. Tout bâtiment est sauvé dès lors qu’il trouve une fonction et une vie véritable. Quand il perd son usage initial, il ne faut pas avoir peur de lui en donner une autre, là aussi pour ne pas injurier l’avenir. La France médiévale, par exemple, possédait deux phares qui rayonnaient sur le monde chrétien européen : le mont Saint-Michel et l’abbaye de Cluny. Le premier fut transformé en prison après confiscation des biens du clergé par la Révolution. Ce qui le sauva. Il est aujourd’hui redevenu une abbaye et un joyau de notre patrimoine. Le second fut vendu sous la Révolution, mais les régimes successifs n’ont pas empêché son funeste destin de carrière de pierre. L’abbaye a disparue au trois-quarts. Les efforts mis à sa reconstitution virtuelle montre qu’on pleure encore, deux ans après la disparition de sa splendeur originelle.
  7. Le patrimoine n’est pas qu’un musée. Rien n’est plus triste qu’un patrimoine qui meurt parce que trop figé. Il est possible que trop de réglementation tue ce que nous voudrions voir perdurer. Tous nos monuments historiques n’ont pas vocation à devenir des musées. Certains d’entre eux pourraient avoir la possibilité de continuer à vivre comme ils nous sont parvenus, autrement dit à accepter des ajouts ou des transformations contemporaines. Je sais qu’en disant cela, je me fabrique sans doute des ennemis. Mais le patrimoine doit aussi vivre. Nos églises, par exemples, ont subi des transformations au gré des réformes liturgiques successives. Présenter une œuvre contemporaine dans une église, c’est signifier que l’art sacré n’est pas qu’un art du passé et la foi se manifeste aussi au présent, et finalement que le bâtiment continue de vivre. Pourquoi n’en serait-il pas de même ailleurs ?
  8. Le patrimoine historique ne saurait être une simple galerie d’art contemporain. Sans contredire ce qui est écrit précédemment, un site patrimonial ne peut être le simple faire valoir de l’installation d’une œuvre contemporaine. On use et abuse du verbe dialoguer dans les présentations d’art contemporain. Mais on assiste souvent à des dialogues de sourds. Pour la greffe de la modernité prenne dans un bâtiment ancien, prestigieux ou non, il faut que le nouvel arrivé lui témoigne du respect, voire une certaine humilité. La provocation et le goût du scandale ne sont pas les seuls leitmotive de l’art. les œuvres qui s’intègrent le mieux sont souvent celles qui ont été conçues par leur créateur pour le lieu auquel elles sont d’emblée destinées. L’intégration est non seulement une affaire de goût (toujours discutable) mais surtout d’intelligence et de cœur.
  9. Le patrimoine est d‘abord un héritage. Cela peut paraître une évidence, une lapalissade, de le dire, mais sur ce sujet des élites veulent parfois nous enfumer en entretenant sciemment une confusion entre patrimoine et création, l’un restant passéiste et l’autre avant-gardiste. Peut-être souhaitent-ils illustrer et nourrir une « querelle éternelle entre Anciens et Modernes ». Le patrimoine n’est pas la création et la création n’est pas le patrimoine. Lors des Journées du patrimoine 2015, le ministère de la Culture a voulu célébrer le patrimoine du XXIe siècle. Comme si nous étions à même de décréter à nos enfants ce que sera leur patrimoine. Si les mots ont un sens, le patrimoine est ce que nous recevons de nos pères. Nous avons le droit à l’inventaire et à ne pas considérer l’ensemble du legs reçu de nos parents comme un amas de chefs-d’œuvre indiscutable. L’usage veut qu’il convienne d’attendre au moins cinquante ans avant de reconnaître si une création récente mérite d’être sauvegardée. On peut aimer la création et la trouver esthétique ; mais, de grâce, laissons à nos enfants et petits-enfants le soin et la liberté de juger de ce qu’ils souhaiteront « patrimonialiser »…
  10. Et surtout, ne jamais oublier que derrières les vieilles pierres, il y a toujours des hommes et des femmes d’aujourd’hui, et, là je boucle la boucle en vous renvoyant aux cinq vertus du patrimoine énoncées ci-dessus. »

Compte rendu de la réunion du Conseil d’administration du 5 novembre 2016

Chers amis
Cette réunion du conseil d’administration s’est tenue sous la présidence de Marc Soulé. Neuf des douze membres du Conseil étaient présents, ainsi que Maurice Davoust, membre de droit en tant que maire.
Les principaux points discutés ont été :
1. Suivi des objectifs et des actions décidées lors du précédent Conseil
Le Conseil s’est réjoui du fait que tous les objectifs 2016 rappelés ci dessous ont été atteints :
·     
  • Assurer la transition avec l’ancien Conseil
  • Maintenir le nombre des membres au-dessus de 85, et si possible avec la mobilisation de tous, atteindre et dépasser les 100
  • Organiser les quelques manifestations prévues notamment Pierres en Lumières et le concert de la Musardière
  • Ouvrir notre église pendant les week-ends d’été
  • Etudier la possibilité de financement participatif
  • Produire des supports de communication et de visite
  • Réaliser quelques travaux, forcément limités, sur les fonds propres de l’association. Cet objectif a été annulé (voir ci-après).
  • Préparer, avec la commune, les demandes de subventions pour 2017 et planifier les travaux correspondants
2.      Travaux
 
Finalement les travaux d’éclairage et de restauration des murs/plafonds de la sacristie que nous aurions pu faire en 2016 sur les fonds propres de l’association ont été repoussés à plus tard pour permettre de verser 10 000 euros à la commune et contribuer ainsi au financement d’une grosse tranche de travaux 2017 comportant principalement la restauration du sol et des murs de l’église (Chœur et nef pour révéler les littres funéraires et décors muraux du 12/13 éme siècle cachés sous l’enduit).
 
Les dossiers de subventions pour 2017 ont été présentés en temps utile. Des réponses sont attendues entre février et juin 2017. La réponse conditionne le début des travaux qui pourront au mieux démarrer début juillet 2017. Cela devrait laisser le premier semestre « libre » pour des manifestations (ex. Pierre en Lumière ou Nuit des retables).
3.      Membres / financement
Nous avions 84 membres en 2015. Grâce à nos actions et aux efforts de tous, nous sommes aujourd’hui 126 membres à jour de cotisation.
 
 
Chaque membre du Conseil s’est engagé à rechercher dans son réseau de nouveaux membres (objectif : 5 nouveaux membres / membre du Conseil).
Cet effort de « recrutement » ne se limite pas au Conseil. Vous êtes tous sollicités ! Nous serons ravis d’accueillir vos amis dans l’association !
Au plan des comptes, nous sommes en ligne avec notre budget, et même sensiblement mieux au plan des recettes. Notre effort de communication a été payant, sous forme de notoriété et de dons.
Le Conseil s’est réjoui de la signature de 8 conventions de mécénat avec des entreprises locales.
Compte tenu de la trésorerie disponible, il est convenu que notre contribution aux travaux 2017 réalisés par la commune pourra être portée à 10 000 euros (voir point « travaux »).
La Fondation du Patrimoine va nous permettre d’obtenir des reçus fiscaux pour nos donateurs en 2016.
Une nouvelle convention entre la commune, la fondation et l’association devra être signée début 2017 pour couvrir la campagne de travaux 2017/2018.
Le Conseil a approuvé une hausse de 5€ en 2017 des cotisations qui étaient restées stables depuis la création de l’association en 2009. Cette hausse, modeste mais nécessaire, traduit les progrès de notre association et la déduction fiscale proposée par la Fondation du Patrimoine.
 
4.      Communication
 
L’activité du blog depuis son origine a été commentée ; le Conseil s’est réjoui de son succès croissant (300 pages vues/mois dans le dernier semestre, en bleu ci dessous ; 88 personnes connectées, en vert ci dessous).
 
 
Nous étudions la possibilité de développer un site WEB complet en 2017 avec l’aide d’un stagiaire.
 
5.      Evénements
 
Le Conseil a passé en revue les événements organisés en 2016 et s’est réjoui de leur succès populaire :
  • Pierres en Lumières le samedi 21/5 au soir (30 personnes)
  • Ouverture de l’église les après-midi de fin de semaine en juillet & août (60 personnes)
  • Concert de la Musardière le samedi 10 septembre (90 personnes)
  • Journées européennes du patrimoine les 17/18 septembre (60 visiteurs)
Les membres du Conseil qui ont contribué à ces animations ont été chaudement remerciés ainsi que nos membres participants !
 
Pour 2017, le calendrier précis des travaux crée une incertitude sur notre capacité à maintenir ce même niveau de manifestations. Il semble possible d’assurer :
  • Quelques visites durant les WE de mai / juin (2 jours / WE) à déterminer
  • Pierres en lumières fin mai ?
  • Nuit des retables, début juillet ?
  • Concert Musardiére / Journées du patrimoine le 16 septembre 2017
Ce point sera, nous l’espérons, clarifié pour le prochain Conseil d’administration.
 
6.      Recherche
Un point sur la recherche historique a été présenté. Les principaux événements récents concernent :
  • l’exploitation en cours des archives diocésaines et départementales,
  • la compréhension du lien entre la famille (de) Corday (la fameuse Charlotte qui assassina Marat dans sa baignoire !!) et Repentigny
  • des contacts, malheureusement sans suite pour l’instant, avec nos cousins québécois de Repentigny qui ne semblent guère intéressés par leur histoire …
Notre blog sera le témoin de cette intense activité dans les prochains mois.
 
 
L’Assemblée Générale aura lieu le samedi 1 er avril à 17h. Notez le … mais nous vous le rappellerons !!
 
Merci à tous pour votre soutien !!

Pourquoi Repentigny (Québec/Canada) s’appelle Repentigny ?

Chers amis du patrimoine de Repentigny
Nous avons beaucoup parlé dans ce blog du patrimoine matériel de Repentigny et notamment de notre église, et de son retable du 16 ème siècle.
C’est de patrimoine immatériel que nous traiterons cette fois et plus précisément de notre histoire.

« Notre » Repentigny (Calvados / France) a donné son nom à « leur » Repentigny (Québec / Canada) situé au nord de Montréal.

 

L’histoire de Le Gardeur … de Repentigny
 


« Scio qui sum: je sais qui je suis »; à l’envers, je suis ce que je sais, … cela marche aussi !
La devise des Le Gardeur de Repentigny serait plutôt : « Je suis parce que je sais »
René Le Gardeur de Tilly, est né vers 1557 à Thury, Calvados, Basse-Normandie, France, et décédé avant 1636 à Thury (Calvados).
Il a épousé en deuxième noce Catherine de Corday, Dame de Repentigny, le 27 juin 1599 à Falaise; Catherine (1579 – 1657) était la fille de Pierre de Corday, Sieur de Repentigny et Marie-Madeleine De Montesson. Elle est aussi l’arrière grande tante de Charlotte Corday !!
Leur fils Pierre Le Gardeur de Repentigny, officier de marine, est né vers 1605 à Thury-Harcourt (Calvados).Il débarque à Québec le 11 juin 1636 avec sa mère Catherine, sa sœur Marguerite et son frère Charles Legardeur de Tilly.
Il faisait partie du groupe de Normands et de représentants de la petite noblesse qui arrivèrent avec le gouverneur de Montmagny.
Avec Noël Juchereau des Chatelets, il participe à la fondation de la Communauté des Habitants qui obtient de la Compagnie des Cent-Associés le monopole de la traite en Nouvelle-France.
Pierre Le Gardeur, Sieur de Repentigny, se voit émettre à Paris, le 16 avril 1647, les actes de concession de terres le long du fleuve Saint-Laurent et fonde la seigneurie qui allait devenir Repentigny. Il fut premier seigneur de l’Assomption (ou Repentigny( en 1647.
Il meurt le 27 mai 1648 au large de La Rochelle alors qu’une épidémie s’est déclarée à son bord, dans le trajet entre les Açores et le Cap-Breton.
Il laissait à sa veuve, Marie Favery, qui décéda à Québec le 29 septembre 1675, plusieurs enfants dont leur fils Jean Baptiste Le Gardeur de Repentigny, né en 1632, à Thury et  décédé le 8 septembre 1709 à Montréal, Québec. C’est plutôt Jean-Baptiste qui s’établira définitivement à partir de 1670 sur les terres acquises par son père.

Souce: http://www.derepentigny.org

Nous ne saurions trop vous conseiller de parcourir ce site admirablement réalisé par Léo Guy de Repentigny. Faute d’intérêt au Québec, ce site n’est malheureusement plus actualisé. C’est très dommage !
Il nous reste à comprendre ce qu’était la seigneurie de Repentigny au début du 17 éme siècle et comment la famille de Pierre de Corday avait hérité de ce titre de « Sieur de Repentigny ».

Mais ceci est une autre histoire …

Coucou c’est nous !
Fort de cette histoire commune, nous avons établi un lien avec nos cousins québécois. Le courrier ci dessous a été adressé au début de l’été à Madame Deschamps, mairesse de Repentigny.
 
 
« Nous nous permettons de prendre contact, par courrier cette fois, pour vous adresser un salut amical de vos « cousins » de … Repentigny (France, Normandie, Calvados) !
Nous sommes respectivement le maire de cette commune (Maurice Davoust) et le président de l’association des amis du patrimoine de Repentigny (Marc Soulé).
Notre modeste village normand, qui est, grâce à Pierre Le Gardeur de Repentigny, à l’origine du nom de votre ville, est heureux qu’Internet facilite les liens transatlantiques.
L’Association des Amis du Patrimoine de Repentigny, créée en 2009, œuvre à la préservation et la mise en valeur du patrimoine communal, notamment l’église Saint Martin du XIIIe siècle et son retable du XVIe siècle, le plus vieux du pays d’Auge.
Notre blog, http://patrimoine-repentigny.blogspot.fr/ vous permettra de mieux nous connaitre et de suivre les activités de l’association. Vous trouverez ci joint un livre photo vous présentant notre église et l’association.
Au-delà des pierres et des tableaux, nous pensons que notre histoire commune avec vous, nos lointains cousins québécois, fait aussi partie du patrimoine qui mérite d’être préservé et transmis.
Nous savons votre intérêt pour les Arts et l’Histoire et serions heureux de travailler avec vous à un rapprochement culturel entre nos communes, sous la forme qui vous paraîtrait la plus appropriée.
Si cette démarche vous agrée, nous serions notamment intéressés, de savoir si des associations similaires à la nôtre, situées dans votre commune ou les environs, existent et comment entrer en contact avec elles sous votre patronage.
De notre côté, nous sommes à votre disposition pour partager avec vos concitoyens nos connaissances sur notre histoire commune ainsi que sur le patrimoine de « notre » Repentigny, les travaux entrepris pour le préserver et nos projets pour les années à venir.
Nous serions heureux de l’intérêt que vous voudrez bien porter à cette démarche. Nous trouverions dans ces nouveaux liens une source d’encouragement supplémentaire à la redécouverte, la préservation et la transmission de notre longue histoire commune.

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions d’agréer, Madame la mairesse, l’expression de nos salutations distinguées. »                   

A bientôt !

Carton plein !!

Chers amis du patrimoine de Repentigny

Un petit mot pour vous dire que nos événements du mois de septembre ont connu un grand succès !

Le concert de la Musardière a accueilli … tout ce que l’église peut contenir, soit environ 90 personnes.
Une fois de plus la famille Joubert, toutes générations confondues, a fait le show.
Cette année « Le chien d’or » et les aventures des Repentinois du Canada ont servi de prétexte à cette promenade musicale éclectique.
Depuis 7 ans maintenant, l’ensemble La Musardière nous fait le plaisir et l’amitié de venir se produire gracieusement à Repentigny. Qu’ils en soient chaudement remerciés !!
La date est déjà retenue pour l’année prochaine: ce sera le 16 septembre 2017 !
Notez la. On y sera !!

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Les Journées Européennes du Patrimoine

Les samedi 17 et dimanche 18 septembre, notre église était ouverte à la visite.
Un grand merci aux membres du conseil d’administration, Gisèle, Françoise et Albine, qui ont assuré ces visites et permis aux habitants de la région de découvrir toutes les facettes de ce riche patrimoine.
Près de 60 personnes ont été accueillies. Nous avons eu d’excellents retours de leur part, … de généreux dons et des adhésions !